Compte rendu Session Sainte Hildegarde 2016

Compte rendu de la session sur Sainte Hildegarde mai 2016

 

Dans notre session qui a lieu dans l’année de la miséricorde et qui a comme thème « Ecole de bonheur » comment pourrions- nous ne pas parler de la miséricorde qui est pour Sainte Hildegarde un baume qui guérit toute peine et qui donne à notre être une vraie humanité?

 

« Moi, la miséricorde,

je suis le médicament le plus affectueux.

Mon cœur déborde pour donner de l’aide à chacun.

 

J’étais déjà là quand retentissait à travers l’univers :

« Qu’il y ait… », d’où provient toute la création qui est maintenant à la disposition de l’homme.

 

Avec des yeux plein d’amour,

je prends soins de ceux qui sont dans la peine

et je me sens unie à tous.

Je suis un baume qui guérit chaque détresse »

Livre des mérites de la vie 1,17)

 

Dans son livre des « œuvres divines » Sainte Hildegarde représente l’amour miséricordieux comme une femme qui est assise au milieu de l’axe du monde ; quand elle bouge, tout le cosmos bouge. C’est ainsi que Sainte Hildegarde met en lumière l’importance de l’amour miséricordieux ; C’est elle qui assure l’équilibre dans notre monde, dans notre vie humaine. C’est elle qui doit habiter notre cœur pour que nous puissions vivre, comme elle dit, avec des yeux plein d’amour envers Dieu, envers toute la création, pour que nous puissions vivre une relation juste face aux autres, face au monde.

Ce n’est pas étonnant que Sainte Hildegarde, qui fut une moniale bénédictine, donne à l’amour miséricordieux une place si importante, car quand une communauté bénédictine accueille une novice, l’abbesse lui pose cette question : que demandes-tu ? Et la novice, à genoux, répond : la miséricorde de Dieu et celle de mes sœurs et frères.  Voilà ce que Sainte Hildegarde a demandé et expérimenté dès son jeune âge : non pas pouvoir faire ceci ou cela mais, demander la miséricorde de Dieu et celle des sœurs et frères. Cette demande est encore aujourd’hui la petite porte par laquelle j’entre dans la vie monastique pour « accueillir de Dieu et de l’autre » une miséricorde qui est revêtue de patience et de pardon, car vivre une vie d’amour, comme Jésus l’a vécue, murir dans l’amour, dans la miséricorde du Seigneur, demande du temps et ne va pas toujours sans moments d’égarements….

Je dois vous avouer qu’au moment où je prononçais moi-même cette demande je ne comprenais pas encore toute la portée de ces paroles… Ce n’est que plus tard avec les années qui passaient, que cette ‘demande de miséricorde’ est devenue une réalité dans ma vie… Car c’est à travers le temps –et souvent par les réactions des autres- que Dieu permet que tu te rends compte des choses moins lumineuses en toi, des traits de caractère, des habitudes qui parfois ne sont pas tout à fait selon le cœur de Dieu et dont tu ne peux pas te défaire si facilement ! Alors peu à peu tu vas apprendre que ta vie repose sur la miséricorde de Dieu, sur sa patience qui chaque fois te pardonne. Tu expérimentes ce que Sainte Hildegarde dit : « que la miséricorde est le médicament le plus affectueux, un baume qui guérit ». Devant le pardon des autres, le cadeau de leur sourire, leur amour, qui te remet debout quand tu as été à côté de la plaque ou quand tu t’es égarée, tu te rends compte du grand don que Dieu t’a fait  en te donnant une communauté où tu rencontres jour après jour ce si bon médicament de la  miséricorde que tu as demandée et où tu es appelée toi-même à témoigner de cette miséricorde… Après ta demande de miséricorde tes sœurs t’avaient lavé les pieds pour que toi aussi tu fasses de même… »

Je crois que si on me demandait ce qu’est pour moi une expérience essentielle dans ma vie, je dirais de me sentir aimé jusque dans mes fragilités, d’être toujours pardonnée.

Et pas seulement dans le contexte de la vie monastique mais aussi dans une vie de couple, dans toutes les relations humaines, la miséricorde est, comme dit Sainte Hildegarde, ce médicament le plus affectueux, un vrai baume qui guérit. C’est la miséricorde, qui crée dans nos relations, cette espace d’amour, de joie, qui permet à l’autre d’être soi-même, de ne pas vivre d’une peur d’être à côté, mais de pouvoir s’épanouir d’une manière responsable, heureuse. Un jour elle sera l’unique nécessaire : lors de notre rencontre face à face avec le Seigneur : sur quoi nous pouvons compter devant lui sinon sur sa miséricorde ? Pour Sainte Hildegarde l’âme qui s’est laissé transformer par la miséricorde, sera accueilli par Dieu et vivra pour toujours dans sa proximité.

En cette année de la miséricorde il est peut-être important que  nous nous posions parfois cette question : « Est-ce que dans ma vie concrète de tous les jours je vis de la miséricorde de Dieu? Est-ce qu’elle est pour moi comme dit Sainte Hildegarde, ce baume qui guérit ou bien est ce que je la trouve seulement belle comme idée ou belle pour l’autre ?

Dans le concret de ma vie, il n’est pas toujours si facile d’être un tout petit qui a besoin de l’Autre (avec un A majuscule) et des autres…qui n’a pas honte devant ses fragilités, son péché …il n’est pas si évident d’avoir cette humilité de David et de dire « j’ai péché » sans autres justifications, explications, et d’admettre dans mon cœur qu’heureusement l’autre était là, pour m’inviter à me prendre en main, à me remettre en route pour à nouveau connaître cette joie, d’être pardonné.

Sainte Hildegarde souligne chaque fois à nouveau  que l’homme, quand il a péché, ne doit pas douter de la miséricorde de Dieu car dit-elle, notre Dieu est un Dieu patient qui aime nous pardonner et sa miséricorde ne diminuera jamais ; c’est très beau…

 

 

 

session 2014

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« L’homme est la clôture des merveilles de Dieu. »

 

IMG_0135wDans la joie et le silence, le père Pierre Dumoulin, sans oublier la participation de sœur Marie-Hélène Jean, nous entraîne dans le sillage de sainte Hildegarde de Bingen.

Ce prophète du XIIème siècle (et docteur de l’Eglise) tient à ouvrir nos cœurs pour demander et accueillir l’Esprit Saint. Le mot-clé de son enseignement ? La « viridité », à savoir la verdeur, la vigueur de l’Esprit Saint qui agit en toute chose de la Création. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’Esprit-Saint ! Reste à devenir :

« une petite plume portée au souffle de l’Esprit » !

Dans ses principaux ouvrages (« Scivias », « Livre des Mérites de la Vie », « Livre des Œuvres Divines »), sainte Hildegarde nous rappelle ce qu’est l’homme et sa place dans l’univers.

Nous sommes créés par amour et pour le bonheur. L’identité de l’homme est la louange, fruit de l’amour. Et il n’y a pas d’amour sans Esprit-Saint. L’amour est relation, échange. A l’exemple de la Trinité. Et il n’y a pas de communion, de relation sans l’Esprit-Saint.

Dieu qui est Amour crée l’homme à son image. Nous sommes donc beaux, bons car créés à la ressemblance de Dieu qui est beau, bon. Il faut apprendre à voir ce qu’il y a de beau, de bon en soi, dans les autres aussi. Ne pas s’arrêter au ressenti, aux émotions.

 

« Le Verbe de Dieu brille dans la forme de l’homme ; l’homme reflète la lumière du Verbe. »

 

Mais le péché casse l’harmonie du projet de Dieu pour nous. Sainte Hildegarde nous aide à retrouver cette paix intérieure en nous orientant sur la voie de l’humilité et de l’amour.

 

La vie est un don de Dieu. Cette vie se traduit par le fait que l’homme est un corps animé. Il n’a pas un corps ou une âme. Il est un corps animé par un souffle, qu’est l’âme. Nous sommes chair et souffle, matière et esprit.

« Le corps est l’atelier de l’âme où l’Esprit vient faire ses gammes. »

Il faut s’émerveiller de ce que nous avons une âme et, qui plus est, une âme immortelle. Ce qui rend digne tout être humain, quels que soient ses handicaps, aussi bien physiques que psychologiques. Le bien-être n’est pas le but de notre vie. C’est la sainteté ! Et la sainteté se forge dans la vie ordinaire. Il faut accepter d’être ce que je suis aujourd’hui. Être ce que je suis et être heureux de cela.

 

Parce que notre esprit (ou âme spirituelle) tend vers la vérité et le bien, il possède deux facultés : l’intelligence et la volonté :

  • L’intelligence pour connaître la vérité ;

La volonté faite pour aimer.

« L’âme a deux pouvoirs : avec l’un elle monte vers le haut, où elle sent Dieu, avec l’autre, elle prend possession de tout le corps dans lequel elle existe pour accomplir son œuvre. »

L’homme est au centre de la Création. Il est appelé à s’élever vers Dieu par la « viridité » des vertus.

 

« J’ai modelé l’homme à partir de la terre pour qu’il s’élevât des régions inférieures aux régions supérieures. »

 

L’homme est soumis comme créature à toutes les forces naturelles qui sont reliées aux forces spirituelles. Or il y a un déséquilibre de ces forces autour de l’homme aussi bien que dans l’homme. Les épreuves sont utiles. Il faut discerner ce en quoi elles servent dans notre vie. Il y a, dans la plupart des cas, un avant et un après l’épreuve. L’on peut dire qu’elle recentre sur l’essentiel.

 

« L’homme fidèle examine son mal et recherche le médecin [qui éprouve] si son repentir vient du fond de son cœur ou procède de son instabilité. Lorsqu’il s’en est rendu compte, [le médecin] lui verse le vin de la componction et de la pénitence […] et l’huile de la miséricorde. »

 

Donc, face à ces déséquilibres chez l’homme, l’on peut recourir à la patience et la charité qui sont des moyens de sanctifications, comme à la pénitence. Pour sainte Hildegarde, la « médecine » touche aussi bien au physique, au psychisme qu’au spirituel.

 

« En son esprit, l’homme est la demeure de Dieu. La Pentecôte signifie pour lui la conversion à la vie spirituelle. »

Mais les fragilités de l’homme, -loin d’être un obstacle pour le Seigneur-, attirent vers lui  Son amour miséricordieux.

 

« Ne crains pas, ne fuis pas, car le Bon Pasteur cherche en toi sa brebis perdue. »

Ici Sainte Hildegarde rejoint Saint Benoît, qui place au sommet de sa liste des bonnes œuvres, que les moines doivent accomplir au sein du monastère :

« Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. »

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