Colloque -Interreligieux 2016

 SESSION INTERRELIGIEUSE 2016

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« Ce que j’ai cru comprendre du Christianisme et du message de Jésus, en lequel je suis très sensible, c’est cette idée de l’amour, coute que coute’, même si le monde n’avance pas…

‘Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font…’, c’est le message que j’ai entendu de Jésus. »

C’est avec cette parole du Rabbin Haddad que nous aimerions vous communiquer notre reconnaissance envers lui de nous aider sur ce chemin vers la fraternité que veulent être nos rencontres interreligieuses pour notre monde.

Un résumé de toute la session risquerait de ne pas rendre son enseignement avec toutes les nuances voulues, mais nous aimerions vous transmettre quelques pensées de l’enseignement du dernier matinqui nous ont beaucoup touchées et marquées.

Mon serviteur (nous pouvons y voir à la fois Israël et une personne individuelle) est appelé dans Is 53,11un « juste » qui justifiera les multitudes et se chargera de leurs fautes. L’idée que le juste peut mourir pour la justification des autres n’est pas étranger au judaïsme. Le juste qui souffre intègre l’amour gratuit, il ne répond pas au mal par le mal ; il vit une résistance spirituelle. Tandis que la haine gratuite engendre la désespérance, son amour gratuit donne un sens à l’existence.

Le juste est celui qui imite Dieu, Dieu, qui cherche Adam quand il a péché, qui visite Abraham, qui enterre Moïse. L’acte de la charité est fondé par Dieu lui-même et l’homme doit imiter Dieu.C’est le message de Jésus en Mt 25. Quand nous ne prenons pas soins du petit, quand son problème matériel n’est pas mon problème spirituel, je supprime en moi-même cette présence de Dieu et quand la lettre ‘iota’, lettre du nom de Dieu, est supprimée dans isch (homme) et ischa (femme), il ne reste que le mot èsch feu, l’enfer, l’image du ‘châtiment éternel’ (Mt 25, 46) que l’homme a choisi en refusant d’imiter Dieu.

Nous sommes appelés à être des hommes de foi qui croient dans le progrès (et il y aura progrès quand nous imitons Dieu), des hommes de foi qui n’exigent pas une jouissance immédiate, qui n’ont pas comme perspective le changement, l’innovation constante quand la difficulté surgit, avec comme seule critère la performance. Le juste croit dans le progrès. Il est celui qui est dans l’effort (matériel ou spirituel), dans le travail pour la paix. Ainsi il investit de l’espérance, de la lumière dans le monde. Et par ce renouvellement de l’espérance, qui est joie et amour, la communauté des justes (que nous sommes appelés à être) contribue à un monde nouveau, peut toujours à nouveau chanter un ‘chant nouveau’.

Le texte d’Is 53,10.11 dit : « Mon serviteur, le juste, « maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche…broyé par les souffrances il a plu au Seigneur…Mon serviteur justifiera les multitudes ».

Les souffrances que les innocents payent de la folie de l’homme sont une sorte d’expiation. Dieu ne veut pas la souffrance, mais accepte cette souffrance. Dieu désire que l’homme sort de ce rapport de force : « Tu conduis l’homme vers la brisure, puis Tu dis : ‘reviens fils d’Adam’ »,  pour que l’amour gratuit qui construit la fraternité puisse triompher.

Dans la souffrance ou bien l’homme abandonne Dieu, il devient athée  ou bien l’homme de foi reconnaît jusque dans la souffrance la présence de Dieu et reste fidèle à Dieu. Le prophète dit : « Si Dieu veut que je sois dans la souffrance, je l’accepte (l’obéissance de Jésus dans le jardin des oliviers) ; la foi c’est de croire que la souffrance et la mort ne sont pas vaines. Déjà nous voyons que le mal n’a pas le dernier mot, l’histoire continue…il y a des refus de la justice, des intérêts économiques qui dominent (des nouveaux veaux d’or), mais il y a aussi la volonté du bien qui triomphe du mal.Jésus dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… ». Le Judaïsme souligne l’importance de la prise de conscience du mal, sinon le mal continue son chemin et l’histoire risque de se répéter et de retarder le temps heureux de la bénédiction et de la fraternité. Levinas écrit : « « espérer c’est croire dans la réparation de l’irréparable. » C’est donc s’investir dans le présent. « Juifs et Chrétiens en particulier nous avons foi dans la Résurrection des morts car nous voyons que la vie triomphe de la mort. »

COLLOQUE – DIM 2015

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   Halelou-Yah ! Louez le Seigneur !

Cette année 2015, le Rabbin Haddad nous a fait découvrir le Hallel, nom donné aux Psaumes 113 à 118 que nos frères aînés dans la foi ont coutume de chanter pendant certains jours de fêtes comme Pessah-Pâque. Pour les disciples de Jésus ces psaumes doivent avoir un intérêt plus particulier, car l’Evangile nous montre que Jésus et ses disciples les ont prié après la dernière cène avant d’aller vers le Mont des Oliviers, comme Jésus les a aussi certainement prié pendant la dernière cène, repas pascal.

IMG_1650w La session fut pour nous tous un moment de grâce et de joie car une relecture juive de ces psaumes, qui a toujours un côté très existentielle, ne peut que nous rapprocher de la manière dont Jésus les a priés. Aussi le Rabbin Haddad, par sa vision propre mais très humble, par son témoignage de croyant, nous dit que notre humanité tient grâce à ceux qui, chaque jour, mettent de l’amour autour d’eux. IMG_1656w   La dernière soirée fut à nouveau un moment de joie, de communion. Le Rabbin Haddad nous invitait à des chants et des danses, qui transformaient notre salle de conférence en lieu de chant et de danses et nous expérimentions le texte du psaume 132 : « oui il est bon et doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis. » Ce temps de communion joyeuse se termina par un moment de silence, de prière. IMG_1660wIMG_1704w IMG_1699w

Avant de vous présenter un résumé de la session voici deux passages qui nous ont touchés parmi tant d’autres :

« Non pas à nous Seigneur mais à ton Nom donne la gloire »

Toute la terre est remplie de la gloire de Dieu et témoigne de sa présence. Aussi l’histoire d’Israël témoigne de la gloire de Dieu. La sortie d’Egypte, la sortie de l’étroiture, est une délivrance accordée par Dieu à Israël : « Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir». Le juste est celui qui n’oublie pas cela, qui n’attire pas la gloire vers lui-même. : « Non pas à nous Seigneur mais à ton Nom donne la gloire ». La gloire c’est le poids de la présence, de l’amour de Dieu et le poids de Dieu c’est le poids d’un doux silence. Dieu touche le monde mais d’une façon légère. Seulement les yeux de la foi peuvent le discerner. Des personnes, à travers l’histoire ont témoigné de cette présence de Dieu, même dans des camps de la mort.

Esaü et Jacob : la fraternité rétablie.

Jacob (son nom signifie le talonneur/le trompeur) et Esaü (son nom veut dire « celui qui est accompli »  , c’est l’homme de l’action) étaient des jumeaux. Dans le récit biblique on voit que Jacob en grandissant, va demander à son frère son droit d’aînesse, ce que Esaü va accepter sans problème car cela ne l’intéresse pas trop ; Esaü est l’homme qui est intéressé dans le « ici et maintenant », dans la jouissance : « manger, se marier ». Il est prêt à vendre son droit d’aînesse car des responsabilités spirituelles, penser à l’avenir, à une continuité de message abrahamique, cela ne l’intéresse pas trop. Les personnages bibliques sont des hommes qui deviennent justes quand ils font le choix de la justesse, de la justice : l’homme doit combattre avec soi-même, combattre ses désirs, ses démons, ses côtés obscurs. Jacob apparaît comme quelqu’un de tortueux et le combat qu’il doit mener, -le combat avec l’ange- c’est de combattre toutes ses forces négatives, le combat contre lui-même. Le Jacob d’après le combat de la nuit où « un homme (l’ange) a poussiéré (roulé dans la poussière) avec lui jusqu’au lever de la noirceur » ce n’est plus le Jacob d’avant, c’est un Jacob beaucoup plus humble, qui, après vingt ans de séparation, peut dire à Esaü : ce qui est à moi est à toi et ils pleurent l’un contre l’autre. Une fraternité est réalisée, c’est comme si Jacob n’attendait pas qu’Esaü change pour l’accepter. Mais lui-même « se change » pour que la fraternité soit possible. Ce qui est le plus sûr c’est que nous pouvons travailler sur nous-mêmes pour nous changer. Cette transformation est un combat (qui n’est pas gagné d’avance) : c’est s’ouvrir à Dieu pour recevoir cette force de pouvoir réussir l’épreuve et l’épreuve, c’est ce qui fait grandir.

  Halelou-Yah ! Louez le Seigneur ! Les psaumes du Hallel

Bref résumé de la session Qui doit louer le Seigneur ? « Ses serviteurs ! » nous répond le psalmiste. A savoir, les croyants et les pratiquants. Ainsi que les Nations qui bénissent le Nom du Seigneur. Car bénir Dieu, c’est reconnaître que Dieu est source de bénédictions. Et parce que la foi est une manière d’agir, dans son quotidien, de sa relation à Dieu, les serviteurs de Dieu ne peuvent être que des hommes affranchis d’autres hommes, et non point des esclaves d’idoles ou d’un roi qui ne serait pas Dieu. Avec les idoles, l’homme se méprise en oubliant la présence de Dieu. L’idolâtrie est une amnésie de l’origine. Et la question des idolâtres appelle la question de la manière dont on sert Dieu : de façon intéressée ou de façon désintéressée ? Chacun a son chemin à faire. Et sur la route il y a des dangers : adorer l’idole plonge l’homme dans l’idéologie qui est mortifère. Tandis que reconnaître Dieu crée la fratrie et pose la question du vivre ensemble et de la paix. Mais Dieu, où se trouve-t-il ? « Dans les hauteurs », nous répond le psalmiste. Précisément, Dieu est au-dessus des Nations, de l’Histoire. En effet, Dieu est « sur » les cieux, au-dessus de sa Création, donc non identifiable aux idoles. D’ailleurs, il n’y a pas de mots pour parler de Dieu, au contraire des idoles qui sont des éléments du monde. On peut simplement établir un lien entre Dieu et le monde. Car le Dieu transcendant peut venir au milieu des hommes. Dieu est séparé de sa Création dans son essence mais il descend dans son existence. Il se fait humble. Cette proclamation de Dieu différent mais non indifférent au monde qu’il a créé rend possible l’Alliance. Donc Dieu, au regard miséricordieux, descend « dans » la terre pour faire relever le pauvre, celui qui est en manque. La véritable charité c’est de combler le manque. Or la bénédiction de Dieu est une bénédiction de rassasiement. Nous sommes des êtres de manque et nous recevons selon nos besoins, selon la grâce divine. Et nous sommes responsables devant Dieu de cette grâce. Il nous appartient alors de nous engager, nous aussi, auprès des plus démunis. Dieu fait monter l’indigent au même niveau que le juste. Car la dignité de l’homme est d’être redressé, mis debout sur la terre. Nous sommes « des marchants ». Cependant, marcher à la suite de Dieu n’est pas commode. En effet, le chemin de Dieu n’est pas facile mais c’est un chemin de vie. Selon les sages rabbiniques, Dieu possède la clef de la vie, qui englobe celle de la résurrection. En hébreu, « Dieu fait vivre les mortels » se dit identiquement « Dieu fait revivre les morts ». La vie est donc toujours une résurrection. Et si le Psaume 113 se termine par le miracle de la vie, c’est parce que Dieu nous libère. Cette libération trouve sa source dans le miracle de l’Exode qui constitue le commencement de la liberté au service de Dieu. Ce monde nous échappe car il est celui de Dieu c’est-à-dire un monde de la différence. Dieu ne relève pas de l’idolâtrie. La libération bouscule la Création dans la joie car les éléments naturels sont soumis à la volonté de Dieu, leur Créateur. La Parole de Dieu donne vie. La Sortie d’Egypte est le jour de naissance d’Israël, dont la vocation est d’être le sanctuaire de Dieu. Au milieu du peuple marche la Présence. La centralité de notre être, c’est Dieu. Et il réalise pour chacun de nous la Sortie d’Egypte. De sorte que les Nations ne peuvent pas poser la question : « Où donc est leur Dieu ? », tant qu’Israël n’a pas disparu ; car notre Dieu est « au Ciel. » Toute la Création en est le témoignage, rien n’en est la représentation. C’est pourquoi, ceux qui fabriquent des idoles et qui les servent deviennent comme elles, c’est-à-dire qu’ils perdent le sens du divin. Le danger de l’idole est dans sa forme et son symbole. L’idole est impuissante, seul Dieu est Vivant. Il faut se détourner des idoles et se confier en Dieu seul. Cette invocation vaut aussi pour les Lévites et les craignants-Dieu. Les vivants seuls peuvent chanter les louanges de Dieu. Et seule la gloire de Dieu doit être recherchée. Le service de Dieu est ce qu’il y a de plus précieux dans la vie de l’homme : par l’étude de l’Ecriture par laquelle Dieu s’est révélé à l’homme ; par la prière par laquelle l’homme se révèle à Dieu ; et par la pratique de la charité où l’homme se révèle à l’homme. Chacun est porteur de l’interprétation des textes, du sens qui nous aide à vivre, à prier explique notre rabbin Philippe Haddad. Son partage, son enseignement, si dense et passionnant, s’est hélas arrêté trop tôt, faute de temps. Il reste à chacun, de poursuivre ses recherches, sa quête spirituelle sans oublier de « Chanter la louange au Seigneur ! Louer son Nom par la danse ! Jouer pour lui du tambourin et de la cithare… » Halelou-Yah !