Dialogue Inter-religieux Monastique DIM

Je suis le bon berger

14 ème  SESSION INTERRELIGIEUSE 2017

Le pardon dans la tradition d’Israël et les enseignements de Jésus

  • Du mercredi 5 juillet au vendredi  7 juillet midi

avec 

  • soirée poèmes et récits spirituels le mercredi soir

  • soirée danses jeudi soir

 

SESSION INTERRELIGIEUSE 2016

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« Ce que j’ai cru comprendre du Christianisme et du message de Jésus, en lequel je suis très sensible, c’est cette idée de l’amour, coute que coute’, même si le monde n’avance pas…

‘Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font…’, c’est le message que j’ai entendu de Jésus. »

 

C’est avec cette parole du Rabbin Haddad que nous aimerions vous communiquer notre reconnaissance envers lui de nous aider sur ce chemin vers la fraternité que veulent être nos rencontres interreligieuses pour notre monde.

 

Un résumé de toute la session risquerait de ne pas rendre son enseignement avec toutes les nuances voulues, mais nous aimerions vous transmettre quelques pensées de l’enseignement du dernier matinqui nous ont beaucoup touchées et marquées.

 

Mon serviteur (nous pouvons y voir à la fois Israël et une personne individuelle) est appelé dans Is 53,11un « juste » qui justifiera les multitudes et se chargera de leurs fautes. L’idée que le juste peut mourir pour la justification des autres n’est pas étranger au judaïsme. Le juste qui souffre intègre l’amour gratuit, il ne répond pas au mal par le mal ; il vit une résistance spirituelle. Tandis que la haine gratuite engendre la désespérance, son amour gratuit donne un sens à l’existence.

 

Le juste est celui qui imite Dieu, Dieu, qui cherche Adam quand il a péché, qui visite Abraham, qui enterre Moïse. L’acte de la charité est fondé par Dieu lui-même et l’homme doit imiter Dieu.C’est le message de Jésus en Mt 25. Quand nous ne prenons pas soins du petit, quand son problème matériel n’est pas mon problème spirituel, je supprime en moi-même cette présence de Dieu et quand la lettre ‘iota’, lettre du nom de Dieu, est supprimée dans isch (homme) et ischa (femme), il ne reste que le mot èsch feu, l’enfer, l’image du ‘châtiment éternel’ (Mt 25, 46) que l’homme a choisi en refusant d’imiter Dieu.

 

Nous sommes appelés à être des hommes de foi qui croient dans le progrès (et il y aura progrès quand nous imitons Dieu), des hommes de foi qui n’exigent pas une jouissance immédiate, qui n’ont pas comme perspective le changement, l’innovation constante quand la difficulté surgit, avec comme seule critère la performance. Le juste croit dans le progrès. Il est celui qui est dans l’effort (matériel ou spirituel), dans le travail pour la paix. Ainsi il investit de l’espérance, de la lumière dans le monde. Et par ce renouvellement de l’espérance, qui est joie et amour, la communauté des justes (que nous sommes appelés à être) contribue à un monde nouveau, peut toujours à nouveau chanter un ‘chant nouveau’.

 

Le texte d’Is 53,10.11 dit : « Mon serviteur, le juste, « maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche…broyé par les souffrances il a plu au Seigneur…Mon serviteur justifiera les multitudes ».

Les souffrances que les innocents payent de la folie de l’homme sont une sorte d’expiation. Dieu ne veut pas la souffrance, mais accepte cette souffrance. Dieu désire que l’homme sort de ce rapport de force : « Tu conduis l’homme vers la brisure, puis Tu dis : ‘reviens fils d’Adam’ »,  pour que l’amour gratuit qui construit la fraternité puisse triompher.

Dans la souffrance ou bien l’homme abandonne Dieu, il devient athée  ou bien l’homme de foi reconnaît jusque dans la souffrance la présence de Dieu et reste fidèle à Dieu. Le prophète dit : « Si Dieu veut que je sois dans la souffrance, je l’accepte (l’obéissance de Jésus dans le jardin des oliviers) ; la foi c’est de croire que la souffrance et la mort ne sont pas vaines. Déjà nous voyons que le mal n’a pas le dernier mot, l’histoire continue…il y a des refus de la justice, des intérêts économiques qui dominent (des nouveaux veaux d’or), mais il y a aussi la volonté du bien qui triomphe du mal.Jésus dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… ». Le Judaïsme souligne l’importance de la prise de conscience du mal, sinon le mal continue son chemin et l’histoire risque de se répéter et de retarder le temps heureux de la bénédiction et de la fraternité. Levinas écrit : « « espérer c’est croire dans la réparation de l’irréparable. » C’est donc s’investir dans le présent. « Juifs et Chrétiens en particulier nous avons foi dans la Résurrection des morts car nous voyons que la vie triomphe de la mort. »

 

COLLOQUE – DIM 2015

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   Halelou-Yah ! Louez le Seigneur !

Cette année 2015, le Rabbin Haddad nous a fait découvrir le Hallel, nom donné aux Psaumes 113 à 118 que nos frères aînés dans la foi ont coutume de chanter pendant certains jours de fêtes comme Pessah-Pâque. Pour les disciples de Jésus ces psaumes doivent avoir un intérêt plus particulier, car l’Evangile nous montre que Jésus et ses disciples les ont prié après la dernière cène avant d’aller vers le Mont des Oliviers, comme Jésus les a aussi certainement prié pendant la dernière cène, repas pascal. IMG_1650w La session fut pour nous tous un moment de grâce et de joie car une relecture juive de ces psaumes, qui a toujours un côté très existentielle, ne peut que nous rapprocher de la manière dont Jésus les a priés. Aussi le Rabbin Haddad, par sa vision propre mais très humble, par son témoignage de croyant, nous dit que notre humanité tient grâce à ceux qui, chaque jour, mettent de l’amour autour d’eux. IMG_1656w   La dernière soirée fut à nouveau un moment de joie, de communion. Le Rabbin Haddad nous invitait à des chants et des danses, qui transformaient notre salle de conférence en lieu de chant et de danses et nous expérimentions le texte du psaume 132 : « oui il est bon et doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis. » Ce temps de communion joyeuse se termina par un moment de silence, de prière. IMG_1660wIMG_1704w IMG_1699w   Avant de vous présenter un résumé de la session voici deux passages qui nous ont touchés parmi tant d’autres : « Non pas à nous Seigneur mais à ton Nom donne la gloire » Toute la terre est remplie de la gloire de Dieu et témoigne de sa présence. Aussi l’histoire d’Israël témoigne de la gloire de Dieu. La sortie d’Egypte, la sortie de l’étroiture, est une délivrance accordée par Dieu à Israël : « Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir». Le juste est celui qui n’oublie pas cela, qui n’attire pas la gloire vers lui-même. : « Non pas à nous Seigneur mais à ton Nom donne la gloire ». La gloire c’est le poids de la présence, de l’amour de Dieu et le poids de Dieu c’est le poids d’un doux silence. Dieu touche le monde mais d’une façon légère. Seulement les yeux de la foi peuvent le discerner. Des personnes, à travers l’histoire ont témoigné de cette présence de Dieu, même dans des camps de la mort. Esaü et Jacob : la fraternité rétablie. Jacob (son nom signifie le talonneur/le trompeur) et Esaü (son nom veut dire « celui qui est accompli »  , c’est l’homme de l’action) étaient des jumeaux. Dans le récit biblique on voit que Jacob en grandissant, va demander à son frère son droit d’aînesse, ce que Esaü va accepter sans problème car cela ne l’intéresse pas trop ; Esaü est l’homme qui est intéressé dans le « ici et maintenant », dans la jouissance : « manger, se marier ». Il est prêt à vendre son droit d’aînesse car des responsabilités spirituelles, penser à l’avenir, à une continuité de message abrahamique, cela ne l’intéresse pas trop. Les personnages bibliques sont des hommes qui deviennent justes quand ils font le choix de la justesse, de la justice : l’homme doit combattre avec soi-même, combattre ses désirs, ses démons, ses côtés obscurs. Jacob apparaît comme quelqu’un de tortueux et le combat qu’il doit mener, -le combat avec l’ange- c’est de combattre toutes ses forces négatives, le combat contre lui-même. Le Jacob d’après le combat de la nuit où « un homme (l’ange) a poussiéré (roulé dans la poussière) avec lui jusqu’au lever de la noirceur » ce n’est plus le Jacob d’avant, c’est un Jacob beaucoup plus humble, qui, après vingt ans de séparation, peut dire à Esaü : ce qui est à moi est à toi et ils pleurent l’un contre l’autre. Une fraternité est réalisée, c’est comme si Jacob n’attendait pas qu’Esaü change pour l’accepter. Mais lui-même « se change » pour que la fraternité soit possible. Ce qui est le plus sûr c’est que nous pouvons travailler sur nous-mêmes pour nous changer. Cette transformation est un combat (qui n’est pas gagné d’avance) : c’est s’ouvrir à Dieu pour recevoir cette force de pouvoir réussir l’épreuve et l’épreuve, c’est ce qui fait grandir.     Halelou-Yah ! Louez le Seigneur ! Les psaumes du Hallel Bref résumé de la session Qui doit louer le Seigneur ? « Ses serviteurs ! » nous répond le psalmiste. A savoir, les croyants et les pratiquants. Ainsi que les Nations qui bénissent le Nom du Seigneur. Car bénir Dieu, c’est reconnaître que Dieu est source de bénédictions. Et parce que la foi est une manière d’agir, dans son quotidien, de sa relation à Dieu, les serviteurs de Dieu ne peuvent être que des hommes affranchis d’autres hommes, et non point des esclaves d’idoles ou d’un roi qui ne serait pas Dieu. Avec les idoles, l’homme se méprise en oubliant la présence de Dieu. L’idolâtrie est une amnésie de l’origine. Et la question des idolâtres appelle la question de la manière dont on sert Dieu : de façon intéressée ou de façon désintéressée ? Chacun a son chemin à faire. Et sur la route il y a des dangers : adorer l’idole plonge l’homme dans l’idéologie qui est mortifère. Tandis que reconnaître Dieu crée la fratrie et pose la question du vivre ensemble et de la paix. Mais Dieu, où se trouve-t-il ? « Dans les hauteurs », nous répond le psalmiste. Précisément, Dieu est au-dessus des Nations, de l’Histoire. En effet, Dieu est « sur » les cieux, au-dessus de sa Création, donc non identifiable aux idoles. D’ailleurs, il n’y a pas de mots pour parler de Dieu, au contraire des idoles qui sont des éléments du monde. On peut simplement établir un lien entre Dieu et le monde. Car le Dieu transcendant peut venir au milieu des hommes. Dieu est séparé de sa Création dans son essence mais il descend dans son existence. Il se fait humble. Cette proclamation de Dieu différent mais non indifférent au monde qu’il a créé rend possible l’Alliance. Donc Dieu, au regard miséricordieux, descend « dans » la terre pour faire relever le pauvre, celui qui est en manque. La véritable charité c’est de combler le manque. Or la bénédiction de Dieu est une bénédiction de rassasiement. Nous sommes des êtres de manque et nous recevons selon nos besoins, selon la grâce divine. Et nous sommes responsables devant Dieu de cette grâce. Il nous appartient alors de nous engager, nous aussi, auprès des plus démunis. Dieu fait monter l’indigent au même niveau que le juste. Car la dignité de l’homme est d’être redressé, mis debout sur la terre. Nous sommes « des marchants ». Cependant, marcher à la suite de Dieu n’est pas commode. En effet, le chemin de Dieu n’est pas facile mais c’est un chemin de vie. Selon les sages rabbiniques, Dieu possède la clef de la vie, qui englobe celle de la résurrection. En hébreu, « Dieu fait vivre les mortels » se dit identiquement « Dieu fait revivre les morts ». La vie est donc toujours une résurrection. Et si le Psaume 113 se termine par le miracle de la vie, c’est parce que Dieu nous libère. Cette libération trouve sa source dans le miracle de l’Exode qui constitue le commencement de la liberté au service de Dieu. Ce monde nous échappe car il est celui de Dieu c’est-à-dire un monde de la différence. Dieu ne relève pas de l’idolâtrie. La libération bouscule la Création dans la joie car les éléments naturels sont soumis à la volonté de Dieu, leur Créateur. La Parole de Dieu donne vie. La Sortie d’Egypte est le jour de naissance d’Israël, dont la vocation est d’être le sanctuaire de Dieu. Au milieu du peuple marche la Présence. La centralité de notre être, c’est Dieu. Et il réalise pour chacun de nous la Sortie d’Egypte. De sorte que les Nations ne peuvent pas poser la question : « Où donc est leur Dieu ? », tant qu’Israël n’a pas disparu ; car notre Dieu est « au Ciel. » Toute la Création en est le témoignage, rien n’en est la représentation. C’est pourquoi, ceux qui fabriquent des idoles et qui les servent deviennent comme elles, c’est-à-dire qu’ils perdent le sens du divin. Le danger de l’idole est dans sa forme et son symbole. L’idole est impuissante, seul Dieu est Vivant. Il faut se détourner des idoles et se confier en Dieu seul. Cette invocation vaut aussi pour les Lévites et les craignants-Dieu. Les vivants seuls peuvent chanter les louanges de Dieu. Et seule la gloire de Dieu doit être recherchée. Le service de Dieu est ce qu’il y a de plus précieux dans la vie de l’homme : par l’étude de l’Ecriture par laquelle Dieu s’est révélé à l’homme ; par la prière par laquelle l’homme se révèle à Dieu ; et par la pratique de la charité où l’homme se révèle à l’homme. Chacun est porteur de l’interprétation des textes, du sens qui nous aide à vivre, à prier explique notre rabbin Philippe Haddad. Son partage, son enseignement, si dense et passionnant, s’est hélas arrêté trop tôt, faute de temps. Il reste à chacun, de poursuivre ses recherches, sa quête spirituelle sans oublier de « Chanter la louange au Seigneur ! Louer son Nom par la danse ! Jouer pour lui du tambourin et de la cithare… » Halelou-Yah !

COLLOQUE – DIM 2014 :

 

Conférences du Rabbin Philippe Haddad

Les psaumes des trois fêtes de pèlerinage :

Pessah (Pâques), Chavouot (Pentecôte) et Soukot (la fête des cabanes)

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Ces trois fêtes rappellent les trois moments de l’intervention de Dieu. Elles célèbrent trois attributs de Dieu, dans l’ordre : la libération, la révélation et la providence ; trois attributs qui s’ajoutent à celui de la création, en vue de la rédemption et de la rétribution. Le judaïsme connaît beaucoup d’autres fêtes, mais ce ne sont pas des pèlerinages. Par exemple le shabbat n’est pas un pèlerinage, mais une fête ou encore un « rendez-vous » (‘moèd’ en hébreu), une rencontre, comme du temps de la tente de la Rencontre. Ces pèlerinages eurent lieu jusqu’à la destruction du Temple de Jérusalem en 70 : on venait se présenter devant le Seigneur. Bien sûr, il est partout, mais il y a des lieux, des temps et même des êtres qui font davantage ressentir la présence de Dieu.

A ce propos une petite histoire hassidique : « Mon maître est très grand, dit un élève, il répond à toute les questions qu’on lui pose ! » Un autre de réagir : « Mon maître est encore plus grand, dès qu’on s’approche de lui, on n’a plus de question ! »

Se retrouver à Jérusalem, c’était rencontrer les hommes de Dieu, c’était aussi, en venant de partout, reconstruire l’unité du peuple, redevenir le peuple de la première génération. Lorsque le Temple fut détruit, il fallut créer une nouvelle religion, ne pas désespérer. Les sacrifices furent remplacés par la prière, par la louange (‘Tehillim’). On prie le psautier, le seul livre de la Bible qui utilise le mot ‘Alleluia’, « louez Dieu ». Le psautier est divisé en cinq parties, comme l’est le Pentateuque. On met ainsi en parallèle les deux grandes figures de la Bible : -Moïse (au Pentateuque) : l’homme qui fait descende la parole de Dieu (la Loi) et fait ainsi le lien entre le ciel et la terre. -David (auteur attribué aux psaumes ou à une grande partie) : l’homme qui fait monter la parole de l’homme vers Dieu et fait ainsi le lien entre la terre et le ciel. Le psautier est un livre où l’on peut cueillir toutes sortes de prières selon les circonstances. IMG_0236w

Premier psaume : le psaume 107, psaume de la fête Pessah (Pâques)

Ce psaumes s’adresse aux ‘guéoulé Adonai’, les libérés du Seigneur. Dieu est le ‘goêl’, le libérateur de ceux qui sont dans l’oppression, la sortie d’Egypte en est le paradigme. Ces libérés sont rassemblés de toute la terre et invités à louer le Seigneur. Quatre situations de péril sont évoquées, la traversée du désert, la prison, la maladie, la traversée de la mer. Chacune est terminée par un refrain en deux parties, l’appel à Dieu durant le malheur et la reconnaissance à Dieu une fois qu’est venue son aide. Remarquons simplement pour ce psaume : -ce sont les merveilles pour les fils de l’homme ‘benei adam’, c’est-à-dire pour les hommes, qui sont célébrées ici, non pas seulement pour les Israélites, mais pour tous les hommes. -le miracle de Dieu, c’est traverser sereinement l’épreuve. -les prisonniers du verset 10 le sont parce qu’ils ont été rebelles aux paroles de Dieu. Et c’est la parole de Dieu qui va les guérir ! (verset 20) -à partir du verset 23, le psaume présente en hébreu un signe mystérieux, un ‘nun’ (la lettre n) inversé. On a bien sûr cherché à le comprendre, et on l’a expliqué ainsi : parfois l’homme appelle Dieu, et Dieu ne répond pas. Ne te rebelle pas contre Dieu, si tu es dans ce cas ! Comprends que c’est son décret, que c’est peut-être ton temps. Accepte la volonté de Dieu. La foi doit rester entière, elle ne doit pas dépendre de ce que Dieu donne. Dans ce psaume de délivrance on trouve dix verbes de délivrance ou libération. Chacun des cas en mentionne deux. La fin du psaume décrit l’action de Dieu dans la nature. Il est le maître de la nature puisqu’il en est le Créateur. De même il s’occupe aussi de la justice des hommes : il rend pauvres les riches, il élève les humbles… c’est Dieu qui change l’état du monde. Le Rabbin Philippe Haddad remarque le lien avec les béatitudes qui font aussi état des changements de situations de l’homme. Jésus était en effet imprégné des psaumes.

Deuxième psaume : le psaume 68, psaume de la fête Chavouot (Pentecôte)

Ce psaume est un psaume difficile à traduire. En voici le plan : -versets 2 à 7: un appel pour le déplacement de l’arche -versets 8 à 24: une référence au dévoilement de la présence divine au cours du combat -versets 25 à 37: déroulement d’une fête dans le Temple à Jérusalem Voici quelques pointes du commentaire : -Verset 19 : « tu es monté capturant ce captif », le captif, c’est la Torah ! a ce propos Philippe Haddad explique la supériorité des hommes sur les anges : les anges ne connaissent la torah qu’en tant qu’idée, ils ne savent pas ce qu’est l’incarnation de cette lumière mais ils comprennent qu’il y a un au-delà de ce qu’ils connaissent. Pour les anges, le sens mystique, c’est l’incarnation. -citant la phrase de Jésus « il a été dit tu haïras ton ennemi… », Philippe Haddad remarque que l’on ne trouve pas ceci dans la torah, mais par contre on y trouve beaucoup de haine, c’est certain. Jésus était imprégné de la torah, il a bu à la torah d’Israël qui nous dit « tu aimeras ton prochain comme toi-même », et il en donne sa lecture, il va plus loin. Si tu aimes celui qui t’aime, c’est un jeu de miroir ! Aimer celui qui est différent de toi, c’est révolutionnaire ! On pleure quand on a vaincu ses ennemis (comme les anges qui n’ont pas le droit de chanter la victoire de la mer rouge, eux qui sont dans le monde de l’absolu et ne peuvent donc pas se réjouir de la mort des vaincus). Nos ennemis, ce sont nos ennemis intérieurs, il n’il y en a pas d’autre. – Philippe Haddad cite aussi le passage où saint Paul cite notre psaume. En Ep 4,1-13 Paul fait une lecture midrashique du verset 19 du psaume. Paul est imprégné de midrash ! il est monté. Qui ? le Christ. S’il est monté, c’est qu’il est parti d’en bas, des régions inférieures. Il a donné des dons. Ce don, c’est quoi ? l’inspiration de Dieu pour chacun. -la pluie généreuse qui tombe sur tous, c’est l’amour de Dieu. On ne voit Dieu que de dos. Le dos de Dieu, dit Lévinas, c’est la trace de Dieu, la bonté, la générosité, l’amour, la miséricorde. Dieu est partout, mais si tu tires les rideaux, la lumière ne passe plus !

Troisième psaume : psaume 42-43, psaume de la fête Soukot (la fête des cabanes)

Pour des raisons évidentes, on pense que ces deux psaumes n’en formaient qu’un.  C’est la prière d’une personne qui avait l’habitude de monter à Jérusalem. C’est probablement un exilé et il ne peut plus faire le pèlerinage. Cette joie lui manque. Il pleure de ne pouvoir vivre cette expérience de bonheur. Sa douleur est alimentée par sa nostalgie. Il a un désir ardent de se trouver face à Dieu (on va en pèlerinage pour être vu de Dieu). Dès lors on peut se poser la question : ne pourrait-il pas vivre cette expérience là où il se trouve ? La Bible dit : c’est au cœur du Temple que l’expérience la plus forte peut être vécue, une expérience personnelle et aussi collective. La prière est une expérience personnelle qu’on vit ensemble. L’individu alimente le collectif et le collectif alimente l’individu. Le bonheur, c’est la proximité de Dieu, mais le rassemblement rajoute au bonheur. Le psaume présente une progression en trois parties : -douleur du psalmiste, pas de consolation. A la place de boire, il mange ses larmes. – c’est toujours la désolation, mais ils se tourne vers Dieu : « Pourquoi m’oublies-tu ? ». Comme Job il interroge Dieu, comme Jésus aussi « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » -il parle à Dieu, sa foi est affermie malgré la présence des ennemis, « la lumière et la vérité (de Dieu) me conduiront ». Il sait maintenant par la foi va l’amener sur sa montagne. Il est libéré en lui-même. La vie d’un homme est progression. Jésus dit bien « Je suis le chemin ». Rien n’est jamais assuré. Le Rabbin Philippe Haddad nous rappelle l’histoire de Joseph si éloquente (voir Gn 37-45). Joseph, qui avait été vendu par ses frères,  ne découvrira la fraternité qu’après avoir été très durement éprouvé. L’épreuve de la prison aura été pour lui un moment de réflexion. Nous sommes des êtres en évolution. Les épreuves nous permettent de réfléchir, elles nous transforment. Nous apprenons ainsi que nous sommes ceux par qui le dessein de Dieu se réalise. Ce psaume est pour nous une expérience spirituelle qui nous est donnée. Un homme qui connaît une souffrance qui l’appauvrit. Il se sent perdu. Il se tourne vers Dieu. Il y a cette espérance. Quoiqu’il arrive il a trouvé son salut qui alimente son être tout entier. Huit jours après Soukot est célébrée la Fête de Clôture de Soukot (aussi clôture du cycle des trois fêtes de pèlerinage) : un jour qui se nomme ‘Simhat Torah’ ou Joie de la Torah. Y est attachée ce   Quatrième psaume, le psaume 12 Philippe Haddad nous a proposé de l’étudier comme le font les juifs dans les ‘Yeshiva’, lieux d’étude de la Torah : deux par deux nous allons partager et discuter ce que nous dit ce psaume, puis nous en faisons une mise en commun. La méthode est radicalement nouvelle pour nous autres moines ou moniales puisque nous avons l’habitude de faire notre ‘lectio’ seuls et en silence. Il nous propose de 1) confronter différentes traductions, 2) d’essayer de dégager le plan, les thèmes et comment ils sont abordés, 3) de retenir une ou deux idées que le psaume nous a inspirées. Sans vouloir retranscrire tout ce qui a été vu, notons que tous ont pu voir que le psaume oppose la parole méchante, menteuse, médisante, orgueilleuse de l’homme … à la Parole de Dieu qui est digne de confiance. La parole a une puissance certaine, dans un sens ou dans l’autre. Beaucoup de binômes se sont interrogés sur le sens du dernier verset. Le psalmiste semble convaincu que la parole de Dieu est sûre (versets 7-8), que Dieu sauve celui qui est humilié, méprisé (verset 6), alors pourquoi conclue-t-il son psaume en semblant dire, comme au début, que le mal domine toujours ? Est-ce que rien n’a changé entre le début et la fin ? Ce qui voudrait dire qu’on en resterait dans un constat désespérant quant à la situation humaine ? Le Rabbin Philippe Haddad reprend la parole : -Ce psaume est un psaume qui nous ramène à la réalité. Comment, partant de l’expérience de Soukot, « à l’ombre de Dieu », on retourne vers les fils d’Adam ? Est-ce que je me laisse influencer par le monde que je retrouve ? Ou est-ce que je leur apporte ma lumière, que j’ai reçue ? Quand on fait une expérience spirituelle, il y a toujours le moment où je reviens au milieu des hommes. -la profusion de la parole fait perdre le sens de la parole. La parole de Dieu n’est pas information, ni communication, c’est une parole de soutien, une parole d’amour. Les paroles fondatrices dans nos vies sont celles de la relation authentique. -dans la Torah, les règles de kasherout viennent 2 fois, celles sanctionnant la médisance 17 fois ! -le verset 7, peut être une invitation pour nous à purifier notre parole. Le méchant ne travaille pas sa parole. -le dernier verset : les méchants tournent en rond, ils tournent sur eux-mêmes, ils n’innovent pas. C’est dans le bien qu’il y a toujours du renouvellement, toujours de l’émerveillement. C’est parce qu’on s’approche de Dieu. On est dans le domaine de l’amour. Le psalmiste est arrivé ici à un tel degré spirituel qu’il se sait protégé par Dieu. Quand on se sait devant Dieu, on n’a plus à trembler devant ceux qui s’agitent tout autour. Il s’agit là d’un véritable détachement. On a vu des personnes qui sont arrivées à un tel degré spirituel dans les camps de la mort. Vu de cette manière le psaume se termine sur une lueur d’espérance.

Pour terminer, évoquons deux moments importants de ces rencontres, qui ont apporté encore profondeur et joie à nos échanges. Au milieu de la session nous avons pris un temps de prière commune avec le Rabbin Philippe Haddad, les participants et la communauté. L’office de sexte s’ouvrait par le ‘Shema Israël’, puis des chants hébreux accompagnés par le Rabbin à la guitare, la prière des psaumes  (« Quelle joie quand on m’a dit »psaume 122, « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » psaume 133) et la lecture d’Isaïe 58, le jeûne que nous demande le Seigneur, suivi par un petit chant en hébreu ‘Adon Haslichot’ qui demande de façon très belle le pardon à Dieu. A la fin de notre dernière conférence, à notre grand étonnement, le Rabbin Philippe Haddad nous dit : « Maintenant c’est le temps de la fête : on danse et on chante ! » Nous commençons par une petite danse (dans la salle de conférence, toutes tables poussées sur le côté), une danse assez facile et joyeuse pour que tout le monde puisse s’y intégrer et danser, s’abandonnant simplement à la joie de ce moment partagé. Puis, avec sa guitare, le Rabbin nous a entraîné dans une succession de quelques chants hébreux, certains nous étant déjà connus, prenant bien soin de nous en écrire et traduire les paroles.

Nous sommes très reconnaissants à Dieu pour tout ce partage que nous a permis la venue du Rabbin Philippe Haddad, nous permettant de nous savoir un peu plus frères, nous permettant de mieux communier au regard que Jésus lui-même pouvait porter sur Dieu, la religion, les hommes.

COLLOQUE – DIM 2013 :

 

« Mon regard de foi sur la vie. Comment les textes fondamentaux de ma foi m’aident à donner sens à la vie, la respecter et l’aimer ? »

DIM participants   Depuis dix ans les Abbayes de Lérins et de Sainte Lioba organisent des rencontres du DIM c’est-à-dire un Dialogue Interreligieux Monastique ;  ces rencontres ont été encouragées par le concile Vatican II. Ce sont des sessions de deux jours avec un intervenant d’une autre religion ; pour l’Islam ont participés Mme Mehrézia Labidi- Maïza et Monsieur Ghaleb Bencheihk,  pour le Judaïsme, le rabbin Philippe Haddad et le rabbin Yeshaya Dalsace, pour le Bouddhisme, des moines bouddhistes de Dordogne, et Monsieur Denis Gira. Pour marquer les dix ans du DIM-Provence, nous avions invité trois intervenants le Rabbin Yeshaya Dalsace, le Père Jean Marc Aveline, et Monsieur Rachid Benzine.   L’exposé de Rachid Benzine  ouvrait le Colloque. Mr Benzine   Né au Maroc 1971, il était venu en France à l’âge de 7 ans. A la sortie de l’école, il suit l’école coranique. Après des études d’Economie et Sciences Politiques, il s’oriente vers l’Islamologie et s’investit dans l’herméneutique coranique. Il enseigne à l’Institut Politique d’Aix en Provence et aussi à Paris, Louvain, Casablanca et Marrakech. Pour lui, lire des textes des autres religions (il a essayé d’entrer dans l’intimité de ces textes) et les lire avec l’autre (le regard de l’autre m’interpelle et influence mon propre regard) est important. Sa rencontre avec le P. Christian Delorme, fut et reste essentielle. A travers ce contact, il a découvert la lecture historico-critique des textes qui lui a permis de relire certains éléments de sa foi, de découvrir l’importance du « langage ». Le Coran est d’abord une parole avant d’être un texte : Dieu transmet une parole via Gabriel au ‘prophète’ qui la transmet fidèlement à ses auditeurs. Temps de l’oralité avant l’écrit. On devient croyant à travers des hommes, des médiations humaines. Cela passe par le langage. Toute parole adressée est présence de quelqu’un. La récitation de Coran – prêter sa voix au texte qui est présence de Dieu- est donc importante. Concernant la pluralité religieuse, les textes de l’autre m’interpellent mais aussi me permettent de comprendre des éléments du Dieu coranique. DIM Islam   La question du langage est donc fondamentale ; les religions sont comme les langues ; aucune langue n’est universelle, ne peut dire tout. Le dialogue religieux, de vie avec les autres est une nécessité car mon langage n’arrive pas à dire la totalité de Dieu. D’autre part, je ne peux appréhender les dimensions de l’autre qu’à partir de mon langage. Là se situe le vivre-ensemble, l’écoute de l’autre même si dans son langage il y a toujours quelque chose qui m’échappe. Dire est à la fois « dévoiler » et « voiler » : cela est un mystère. Ma tradition est aussi issue d’autres traditions. Le Coran parle de Moïse ; pour bien comprendre le texte coranique, je suis obligé d’étudier la tradition juive sur Moïse. L’écoute du Coran a des retentissements sur ma vie quotidienne et me pousse à l’engagement. Pour éviter qu’un texte aille avoir une dimension idolâtrique, une étude critique du texte est nécessaire et pourtant la foi reste une confiance faite à une parole entendue et transmise. De plus, il n’y a pas de foi sans rites. La spécificité de l’Islam, est d’abord la prière (5 fois par jour) dont la prière en communauté le vendredi est très importante, mais deux autres piliers sont le Ramadan et le pèlerinage vers la Mecque.   Rabbin Dalsace Rabbin Dalsace   Il est Rabbin du mouvement Massorti, mouvement qui se situe entre le judaïsme libéral et le judaïsme consistorial. La principale communauté Massorti française dont le rabbin est Rivon Krygier est à Paris. Rivon Krygier est le premier rabbin officiellement invité à intervenir lors d’une conférence à la cathédrale de Paris.   Né dans un milieu intellectuel qui a un regard critique sur la foi, le Rabbin Dalsace découvre encore très jeune les textes bibliques comme facteur d’identité : il lit la Bible comme un livre d’aventures et s’identifie  à ses héros : Samuel, David… Puis il se pose la question : « Pourquoi sommes-nous toujours là comme Juifs ?  Quel est le fondement de cet aspect collectif ? » Son rapport aux textes bibliques va grandir à travers une étude toujours plus approfondie du texte hébreu. Il découvre que la foi ne saurait exister sans ses textes. Il voit dans la Bible une inscription, une histoire passée dont il est le descendant. Dans ce texte des personnes y ont inscrit leur expérience spirituelle et celui qui le lit est invité à avoir un rapport filial avec ses prédécesseurs, à s’inscrire dans leur vision spirituelle ; ainsi les patriarches sont appelés « nos pères », Moïse « notre maître ». DIM Judaisme   Le Rabbin d’alsace soulignait également qu’il faut lire le texte de la bible dans son intégralité ; qu’il est important aussi de chercher le sens des passages qui nous surprennent ou qui se contredisent. Le texte est le matériau qu’il faut interroger et l’art de la contradiction, en étudiant à deux un passage et en se confrontant ainsi souvent à une autre interprétation, ne fait qu’avancer la recherche. L’art de l’herméneutique c’est d’inventer les différentes possibilités de lecture. Il ne faut pas avoir peur de cela, mais par contre être conscient que le texte biblique est un texte ‘fini’ qui ne peut contenir ‘l’infini’ ; Dieu est toujours au-delà du texte. Il faut faire confiance au texte qu’on ne cesse d’étudier, d’interroger. Selon la Cabbale, il faut aussi lire entre les lignes, lire le blanc du texte, … c’est-à-dire chercher encore ailleurs car ce qui est à découvrir a une dimension infinie.   Mgr AvelinePère Jean Marc Aveline Prêtre du diocèse de Marseille, il a fait des études de Christologie. Sa vie est comme un «  oui » aux appels des différents évêques de Marseille qui lui demandent dans un premier temps à enseigner au grand séminaire, puis à l’institut ISTR à Marseille. Nommé Vicaire général il garde d’autres activités, dont celle de Directeur de l’Institut Catholique de la Méditerranée (ICM).   C’est à partir d’une expérience très personnelle que Mgr Aveline nous partage son regard de foi sur la vie. En 2011 la sœur de Mgr Aveline est atteinte d’un cancer foudroyant qui en trois mois, dont un mois dans le coma, l’emporte. Il la visite chaque jour au centre de soins palliatifs à Gardanne. Et là durant la Semaine Sainte il découvre avec elle les textes fondamentaux de leur foi. Elle lui demande les textes de la liturgie : il l’abonne à Magnificat.   Mgr Aveline nous partage cette expérience que notre rapport à l’écriture, à la foi change, reçoit une intensité inconnue quand la perspective de la mort très proche d’un être très cher intervient soudain dans notre vie : «Celui qui peut dire qu’il croit au temps d’épreuves, passe de l’indignation à la paix intérieure. » (Paul Ricœur). Il met en lumière qu’en un premier temps notre rapport à la foi n’est pas sans ambigüité. Il y a le refus de la maladie, le scandale du mal ; le secours au sacré est d’abord difficile au temps de la souffrance, il ne faut pas précipiter les choses, il faut laisser le temps faire son œuvre Dans un deuxième temps intervient vient une autre découverte : on a besoin des textes, des mots des autres et de la foi des autres. Ainsi à Gardanne dans le centre des soins palliatifs, une femme musulmane lui demande de prier pour son mari chrétien. Il lui propose de prier ensemble, chacun dans sa tradition. Ce fut la découverte que quand les forces nous font défaut, que des textes du Nouveau Testament me conduisent vers « quelqu’un » : le Christ ; pour un chrétien ce n’est pas le texte qui est l’essentiel, mais la personne du Christ qui a vécu une vie d’homme qui ne le distingue en rien d’un autre homme : trente ans de vie ordinaire, trois ans de vie extraordinaire qui se termine par un mort ignominieuse et sa résurrection dont personne n’est témoin oculaire.             Le Christ est la présence de l’infini de Dieu dans la finitude humaine (Col 2,12). Le Credo l’indique il est né, il a souffert il est mort et ressuscité ; la souffrance du Christ  n’est pas uniquement physique : les sept paroles de Jésus sur la croix nous le disent. DIM 3conférenciers   Puis dans un troisième temps ce chemin vers le Christ nous conduit à « soi », au désir de vivre. C’est un chemin d’humanisation : les choses sont relativisées et on découvre que le Christ est venu faire avec nous les petites choses simples de la vie. C’est ainsi que l’’épreuve nous entraîne enfin sur un chemin de simplification. Dieu répond par une présence. La fin de la vie de sa sœur qui se situait dans le temps de la semaine sainte et le temps pascal permettait d’avoir cette expérience : la Parole de Dieu, le texte est là. La Parole est dans ta bouche…. Elle permet de donner du sens à ce qui est absurde. On découvre qu’il est possible de relire la Bible autrement, avec des yeux qui ont pleuré, des yeux qui ont aimé. La parole « Rien n’est impossible à Dieu », – parole qui au départ n’était pas sans ambigüité : « Dieu va faire ce que je veux »-, revêtait ce sens profond que Dieu donnait aussi un sens à cet instant de sa vie qu’elle était en train de vivre et qui au départ apparaissait absurde. Dimanche des Rameaux, Vendredi Saint, Pâques, 3 étapes marquantes vécues avec sa sœur : je peux découvrir le lien entre le temps liturgique et ma vie ; la façon de Dieu pour m’offrir l’éternité. Dans un autre partage, le Père Aveline  a expliqué comment on a essayé de penser en théologie chrétienne la place, le sens des autres textes religieux. Jésus est la plénitude de la Révélation. Est-ce qu’il n’y a pas de révélation ailleurs ? A travers de l’histoire de l’Eglise nous voyons une évolution. Tandis qu’au début l’accent est mis sur le fait que le Christ accomplit les écritures juives, déjà certains Pères de l’Eglise n’hésitent pas à dire que chaque parole réfléchie peut emmener l’homme à Dieu. A partir du 19ème siècle, des études montrent que les écritures sont composés des emprunts à d’autres religions mais toujours en y mettant la nouveauté du Christianisme. A la fin du 19ème siècle, face à la pluralité des religions, le concept de ‘révélation’ prend naissance d’abord au point de vue philosophique, puis théologique : Quel est le lien entre Dieu et l’histoire des hommes ? Mgr Aveline nous expose que le concile de Vatican 2 et les écrits des papes postconciliaires soulignent qu’il faut considérer avec respect les autres religions et ils n’excluent pas que l’Esprit Saint peut être présent dans les écritures des autres religions. Il cite « Nostra Aetate » :  » L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles différent en beaucoup de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » Jn 14,6, dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. L’Eglise exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux. Bienque  la foi au Christ est centrale dans la vie de chaque chrétien, ceci n’exclut pas, que l’Esprit Saint peut donner à chaque homme qui cherche à vivre dans l’amour, de participer au mystère pascal du Christ. De même, qui de nous pourrait dire, qu’il n’a jamais reçu quelque chose des autres livres sacrés ; l’altérité de l’autre m’aide à comprendre ma propre tradition. DIM Olivier Notre Colloque se termine par la plantation d’un petit olivier offert, par Lérins, à la communauté de Sainte Lioba pour qu’il devienne ‘L’arbre de la Rencontre’ dans le jardin de Simiane.

‘Le Seigneur apparut à Abraham au Chêne de Mambré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour.
Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui; dès qu’il les vit, il courut de l’entrée de la tente à leur rencontre et se prosterna à terre. Il dit: ‘ Monseigneur, je t’en prie si j’ai trouve grâce à tes yeux, veuille ne pas passer près de ton serviteur sans t’arrêter. Qu’on vous apporte un peu d’eau vous vous laverez les pieds et vous vous étendrez sous l’arbre’ Gen 18, 1-4

Nos trois intervenants l’ont planté ensemble ; il témoignera de cette volonté, de ce désir de cheminer ensemble en paix sur le chemin vers Dieu. DIM Olivier 2